Non, je n'étais pas heureuse. Loin de là. La vie, ce n'est ni tout le temps drôle, ni tout le temps triste. C'est plutôt comme une perpétuelle évolution, elle ne s'arrête jamais. L'être humain est constamment en changement.
Je crois qu'il faut faire des erreurs pour apprendre. Comme pour faire du vélo, il faut tomber, pour apprendre comment ne plus tomber. Il faut se planter en cours pour savoir quoi éviter lors du prochain devoir. Il faut se faire mettre le coeur en pièces, pour ... Pourquoi ?
Il est si facile de tout cacher, derrière des grands sourires. De répondre "oui" à la question "tu vas bien?", simplement pour éviter la discussion. Et puis, répondre "non", ce serait embêter l'interlocuteur, alors véritablement forcé de s'intéresser à votre problème.
Il faut se faire mettre le coeur en pièces, comme il faut s'injecter un vaccin. Introduire l'élément pathogène dans votre système immunitaire pour qu'il apprenne à le reconnaitre, et le rejeter par la suite. J'ai chassé l'élément pathogène, après une longue maladie, une bien longue maladie. Ce n'est pas pour rien qu'on dit "tomber" amoureux, comme on dit "tomber" malade. Souvent, on a beau voir des symptômes, on ne va pas se faire soigner tout de suite. On ne sait pas pourquoi. Et puis, on laisse trainer, et la petite angine se transforme en méningite. Oh, on ne le voit pas tout de suite ! Non, il faut longtemps à l'être humain pour accepter de se dire "je suis malade". Et puis parfois, on cache la maladie. Oui, je vais bien, non, non, une petite angine de rien du tout, ça va passer. D'ailleurs, je suis sous antibiotiques. Petit mensonge éhonté...
Enfin, lorsqu'on est trop malade, on ne peut plus le cacher, et alors, on est forcé de se soigner. C'est très douloureux, car on ne veut pas s'avouer malade, terrassé par ce tout petit microbe qui n'est rien au regard de l'humanité toute entière. Et pourtant... La guérison est lente, ou moins lente, selon que l'on veuille bien guérir. Et puis, arrive le moment de la rémission. Oui, car une maladie aussi longue ne donne que rarement suite à une guérison totale. C'est alors à ce moment là que l'on peut dire "j'ai été malade, mais maintenant je suis guérie". Pour encore une fois se montrer au monde heureux, sans souci, et en bonne santé.
Photographie : Cap Cabourg, avril 2007.